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par : Sylvie Besson

Les Gueules noires [1] de la poésie ou le Verbe à contre-jour…..

(Eloge critique des assaillants de l’ombre)

« Au milieu des chapelles littéraires entretuées se dresse un blockhaus. Et c’est un rude exemple que voilà. A la fois tombeau du galérien, béton noir d’avant-poste décapité de sa butte, bunker spectral d’une faction debout dans le mortier éventré de sa place à tenir ; dernier asile d’éclat tendu aux regards cuits, ce blockhaus-là a la gueule à feu d’une meurtrière invincible »  [2]

Ecrivains bouillonnants de rage et de fièvre, les poètes de Blockhaus sont à eux cinq une gamme de lyrismes singuliers, une partition de voix soulignant la force d’un engagement subjectif, ils ne s’appesantissent pas sur ce qui est de l’ordre de l’intime ou du questionnement, seule leur langue « collective » stimule des sensibilités volcaniques, leurs poèmes ne s’articulant qu’en impulsions, impétuosités, rafales et coups de boutoir. Cette écriture à plusieurs mains est désireuse de tout dire, écumant en son mouvement la conviction de ne connaitre aucune douceur à naitre ici-bas. En revanche, ni larmoiement, ni jeu de miroirs, ni jérémiade ne viennent affadir la noirceur collective à l’œuvre, bien au contraire, dans Expérience Blockhaus, le lecteur descend dans l’Enténébré, au cœur d’une poésie qui mâche, broie, régurgite sa substance sans jamais parvenir à s’en satisfaire ; dès lors sous la plume vorace, insatiable, horrifique de la Bête à cinq doigts [3], les mots ne se  recroquevillent pas sur eux-mêmes mais s’amplifient en inscrivant le Néant au centre de tout, tendant ainsi vers la seule lumière possible, celle du deuil. Cependant il n’est pas d’élégie blafarde, pas de chant maladif, pas de tristesse narcissique dans cet ouvrage, la puissance seule d’une douleur cendrée de désastres et de biles donne raison à ce recueil de floraisons noires, à cette bouche d’ombre ou à ce cri profane qui étreint l’Obscur avec une effroyable acuité, empoignant en d’incandescentes humeurs noires les faiblesses du monde : Dans le noir l’homme devient la vigilance même, un centre de perception tous azimuts, et son cœur devient le cœur du silence. Il sait alors que lui aussi marche dans la nuit et qu’il est cette nuit souveraine arpentant son royaume.  [4]

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