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En Chine, la nature est le reflet de l’âme, mouvement ou souffle de l’esprit, elle n’est pas un décor, mais la part vitale de l’esprit, le mystère de la beauté ou l’effroi de celle-ci incarne ce que l’esprit porte en lui de secret et de nostalgique. La poésie de François Cheng restaure en ce sens une familiarité perdue ; la maîtrise de l’écriture poétique, de l’image, ce que lui-même nomme les rythmes de l’Entre, sont comme une matérialisation de la pensée ; il s’agit, en effet, de transmuer l’insaisissable en un corps de paroles solides comme la roche, dans un mouvement de ferveur et d’engagement de tout l’être devant la beauté du monde, qui n’est beauté que parce que le poète a le pressentiment d’images encore cachées derrière elle : « Derrière les yeux, le mystère / D’où infiniment advient la beauté / D’où coule la source du songe / Bruissant entre rochers et feuillages ». L’infini  minéral est alors  « le va et vient entre ce qui s’offre et ce qui se cherche », entre ce que nous accueillons des choses, dans leur solidité, et ce que nous découvrons des êtres tels qu’ils surviennent à travers elles, plus fragiles dans leur finitude. Ainsi, pour F. Cheng la beauté est partout permettant à celui qui sait la regarder de capter l’instant et de se retrouver en accord avec le monde : « Nous sommes l’instant / En nous jaillit le jour / Chaque fois / pour la première fois ». Le regard que le poète porte sur les choses permet d’apporter une lumière supplémentaire, un sens et une résonance à l’âpreté du monde et de mieux appréhender nos élans et nos désirs irrépressibles. On relève ainsi chez F Cheng, ce qui est somme toute lié à sa culture, le jeu d’oxymores récurrents emmené par des métaphores saisissantes et incandescentes : « Apprends-nous nuit / A toucher ton fond /A gagner / le non-lieu / Où sel et gel / échangent leurs songes /où source et vent / Refont un » ; Il s’agit certes  de voir au-delà des apparences, au-delà du vide, mais de plonger davantage dans le dedans du réel afin de permettre à l’être de se réconcilier avec ce qu’il a toujours connu du monde afin de ne pas s’enfermer dans l’opacité de l’illusion. C’est ainsi que la peinture chinoise, la calligraphie dont parle si bien F.Cheng, ne sont qu’une même forme d’expression poétique susceptible d’éduquer notre regard et d’éveiller notre conscience à l’harmonie du monde.  Par Sylvie Besson

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