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par Nicolas Roinsard

En proposant une histoire de la pauvreté errante dans la France du Moyen Âge à nos jours, André Gueslin creuse un peu plus le sillon qu’il a déjà emprunté dans nombre de ses ouvrages précédents [1]. En centrant cette fois-ci son attention sur la figure historique du vagabond, l’auteur retrace dans un langage clair et une démarche rigoureuse l’histoire totale d’une pauvreté singulière et pluriséculaire : la pauvreté errante. Comme à son accoutumée, André Gueslin mobilise une palette extrêmement riche et diversifiée de matériaux historiques, juridiques, ethnologiques, littéraires, cinématographiques, etc., pour multiplier les entrées descriptives et analytiques de ce monde qui, très justement, laisse peu de traces. Écrire l’histoire de la pauvreté errante, c’est écrire « une histoire d’hommes sans voix à travers les traces qu’ils laissent et les représentations qu’en ont les nantis » [2]. Ces représentations, si elles s’observent notamment au travers d’une littérature abondante sur le thème du vagabondage et de la pauvreté, sont plus explicitement matérialisées dans tout un arsenal juridique et répressif élaboré à l’endroit de cette « classe » réputée oisive et dangereuse. Le traitement politique réservé au fil des siècles aux populations pauvres et errantes constitue ainsi une première entrée, décisive, pour objectiver les continuités sociologiques de ce monde de l’errance dont la figure a pourtant évolué en passant du vagabond au clochard, et plus récemment au SDF. D’autres entrées, telles que l’ethnologie de la vie quotidienne, la psychologie, les sociologies interactionnistes et déterministes viennent alors compléter le tableau de cette continuité de la figure du vagabond exclu, surnuméraire et désaffilié, « inscrit dans l’altérité avec son habitus né de l’errance et de la domination » (p. 13), laquelle constitue aussi la thèse principale défendue par l’auteur (p. 455) qui n’omet pas pour autant de souligner les différences et les ruptures en fonction des époques, des régimes politiques, des contextes économiques, sociaux, culturels et religieux.

 

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