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par Pierre Mannoni

Les journalistes sont censés être les greffiers des événements. Ils dressent, par profession, les procès-verbaux des faits sociaux ou politiques dont ils sont les témoins privilégiés. Les échos qu’ils en donnent à travers leurs publications divulguent l’événement en question et le font, pour ainsi dire, exister sur la scène sociale. Le service rendu par cette diffusion est de porter à la connaissance de tous les membres d’une société, d’une nation et parfois du monde entier, ce qu’il en est du fait concerné. Chacun peut ainsi être instruit de ce qui advient ici ou là et des éventuels enjeux que cela peut revêtir pour son existence personnelle, celle de son groupe ou celle de sa nation.

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Or, si sur un grand nombre de questions une telle « mise en échos » a bien la valeur informative attendue, certains sujets appellent un traitement médiatique particulier, leur nature ou leurs caractéristiques étant susceptibles d’influer gravement sur l’opinion publique et de provoquer des distorsions dans la représentation que celle-ci peut avoir de l’événement, allant, comme cela semble être le cas princeps du terrorisme, jusqu’à désorganiser tout ou partie du comportement collectif. Existe-t-il un rapport particulier terrorisme/médias tel que l’on puisse suspecter la mise en œuvre, à travers ce rapport, d’une procédure d’influence à type de manipulation ? C’est la question que nous allons nous efforcer d’examiner dans le présent chapitre, non sans avoir précisé au préalable que nous écartons volontairement de notre propos le cas du terrorisme étatique (d’en haut), les moyens de communication de masse étant muselés par une très forte censure, l’association par renforcement mutuel décrite ici n’existe pas. Nous faisons donc le choix de ne traiter que des rapports fonctionnels qui se développent entre les mouvements terroristes non-étatiques (d’en bas) et les organes de la presse dite libre.

Mannoni Pierre, Bonardi Christine, « Terrorisme et Mass Médias », Topique 2/ 2003 (N°83), p. 55-72
URL : www.cairn.info/revue-topique-2003-2-page-55.htm.
DOI : 10.3917/top.083.0055

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