Pasolini et le fascisme de la consommation

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Ollivier Pourriol, ancien animateur du Grand Journal, a récemment levé le voile sur les coulisses de la célèbre émission de Canal+ : « une machine à laver les cerveaux ». On aurait tort de s’en étonner : le fard n’enlève rien à l’odeur des ordures. « On ne parle pas de poètes morts », avait décrété son rédacteur en chef – les caméras exigent leur lot de chair sonnante et trébuchante. Pier Paolo Pasolini déclara en 1970 : « Je ne peux plus fixer mon regard, plus de quelques instants, sur un écran de télévision. C’est physique, ça me donne la nausée ». L’homme était poète. L’homme est mort. Deux raisons pour parler de lui.

Avril 1945. Le sort ne chérit pas toujours l’ironie : Benito Mussolini tira sa révérence à un croc de boucher – quoi de plus sensé pour tout le sang qu’il fit couler ? Quelques mois plus tôt, le frère de Pasolini, résistant antifasciste, tombait sous le feu dans la région du Frioul. Sa mort ébranla le jeune Pier Paolo, de trois années son aîné, qui, les larmes séchées, devint secrétaire de la section communiste de San Giovanni de Casarsa, petit village du nord-est de l’Italie. « C’est son souvenir, celui de sa générosité, de sa passion qui m’oblige à suivre la route que je suis », confia-t-il longtemps plus tard (cité par R. de Ceccatty dans la biographie Pasolini).

 

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Pasolini, quelques heures avant sa mort

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Entretien original paru en 1975 dans le quotidien La Stampa puis en 2005,
sous le titre L’Ultima intervista di Pasolini (éditions Avagliano).
Les éditions Allia l’ont également publié, en français, en 2010 (sous le même titre).

Pasolini, dans tes articles et tes écrits, tu as donné de nombreuses versions de ce que tu détestes. Tu as engagé un combat solitaire contre un si grand nombre de choses, d’institutions, de convictions, de personnes, de pouvoirs. Pour ne pas compliquer ce que je veux dire, je parlerai de « la situation », et tu sais que j’entends par là la scène contre laquelle, de manière générale, tu te bats. Maintenant je te fais cette objection. La « situation », qui comprend tous les maux dont tu parles, contient aussi tout ce qui te permet d’être Pasolini. À savoir : tout ton mérite et ton talent. Mais les instruments ? Les instruments appartiennent à la « situation ». Édition, cinéma, organisation, jusqu’aux objets mêmes. Imaginons que tu possèdes un pouvoir magique. Tu fais un geste et tout disparaît. Tout ce que tu détestes. Et toi ? Est-ce que tu ne resterais pas seul et sans moyens ? Je veux dire sans moyens d’expression…

 

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Les Plateaux

Alhemia

Je n’ai plus d’yeux.

Ce trou dans mon tronc, c’est un vide.
Avant, dans les fissures du Sable d’Oran,
j’étais Crabe-Fard.
Avant, sur les plateaux de Fès,
la joie de mon damier filait
vers l’orée.
Redoute ton nom, ce discours solitaire.
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La tarentule incite

et trempe sa grille.

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Ce fût la contraction de la surface des terres en Europe :
transe et épouvante sur les visages-mes caucasiennes-
splendeur des maillots à rayures parmi
les bétonneuses géantes, tudesques,
avaleuses d’étoiles.

« Tous les violons au diapason ! » hurlait le Grand Uhlan
en Pologne.
Sous le cristal de la Capitale,
dans le luxe des lustres de Mathaus,
dans l’enfer des souris pleinement ouvert :
on pouvait voir filer le violet des diables
en pleine rue, en plein champ, aussi, par évasion des têtes.

Nos os et nos œufs : en collier.
Les ogres noirs et leurs offices :
nos…

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Dans la « guerre », on demande aux enfants d’être au garde-à-vous

Quartiers libres

Le 7 janvier 2015, des hommes et des femmes ont été assassinés en France. Face à ces évènements d’une grande violence et d’une terrible absurdité, on a fait observer une minute de silence dans les établissements scolaires. Parce qu’ils vivent dans un monde brutal et injuste, on a ordonné aux enfants et aux adolescents, l’espace d’une minute, d’être tristes et de se taire.

Certains ont refusé le silence et la solennité qui étaient attendus d’eux, avec intelligence ou pas, par provocation ou pas, avec respect ou pas.

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Une large part de la société a alors crié au scandale et fustigé l’état dans lequel se trouvent ces enfants de la République, incapables de se tenir droits et de partager le chagrin national, c’est-à-dire incapables d’assumer, du haut de leur enfance ou de leur adolescence, les échecs de leurs ainés à construire un monde paisible.

Par une mécanique malheureusement très familière, cette…

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République : comme un soupçon de nettoyage

Métronomiques

(Glisser le pointeur sur l’image.)

Hier après-midi, des employés s’affairaient avec des balais à nettoyer le pourtour de la statue de la République, là où des pancartes, des panneaux, des banderoles, des dessins, des crayons de différentes tailles, des poèmes, des citations, des réflexions, des bouquets de fleurs, des bougies… ont été posés ou déposés par des anonymes après les trois tueries perpétrées lors des sombres jours récents.

Peut-être que dans quelque temps, il n’y paraîtra plus… et la sculpture et son socle de pierre blanche auront bientôt retrouvé leur pureté et leur propreté originelles.

Mais qui pourra nous enlever de la mémoire les moments de cruauté puis de grâce (comme ceux du dimanche 11 janvier) que nous avons ainsi vécus ?

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Nettoyage10_DH(Photos prises à Paris hier après-midi. Cliquer pour les agrandir.)

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« L’empire de la consommation » par Eduardo Galeano

LA VIDURE

par Eduardo Galeano *

L’explosion de la consommation dans le monde actuel fait plus de bruit que toutes les guerres et crée plus de tapage que tous les carnavals. Comme dit un vieux proverbe turc, « qui boit en compte, se soûle deux fois plus ». Les festivités assomment et assombrissent la vision ; cette grande ivresse universelle semble ne pas avoir de limites dans le temps et dans l’espace. Mais la culture de la consommation raisonne beaucoup, comme le tambour, parce qu’elle est vide ; et à l’heure de vérité, quand le fracas cesse, que la fête se termine, l’ivrogne se réveille, seul, accompagné par son ombre et la vaisselle cassée qu’il doit payer. Le développement de la demande heurte les frontières que lui impose le même système qui la génère. Le système a besoin de marchés de plus en plus ouverts et plus grands, comme les poumons ont besoin de…

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Sporophyte

Ma deuxième série en ligne.

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Le sporophyte est la génération du cycle de reproduction des plantes qui produit des spores, microspores et macrospores, qui sont disséminées ou non. Cette phase du cycle de développement fait suite à la fécondation et contient donc le double de chromosomes du gamétophyte. SourceWikipédia.

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La nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon

DF | Dissidence Française

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Pour les Anciens, Homère était « le commencement, le milieu et la fin ». Une vision du monde et même une philosophie se déduisent implicitement de ses poèmes. Héraclite en a résumé le socle cosmique par une formulation bien à lui : « L’univers, le même pour tous les êtres, n’a été créé par aucun dieu ni par aucun homme ; mais il a toujours été, est et sera feu éternellement vivant… »

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Les notes de Malte Laurids Brigge

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clichy2Voilà, c’est donc ici que les gens viennent pour vivre ; je dirais plutôt que l’on se meurt ici. Je suis sorti. J’ai vu : des hôpitaux. J’ai vu un homme chanceler et tomber. Les gens se sont rassemblés autour de lui, ce qui m’évita la suite. J’ai vu une femme enceinte. Elle s’avança lourdement le long d’un mur haut, chaud, qu’elle tâtait parfois pour se persuader qu’il était encore là. Oui, il était encore là. Derrière ? Je consultai mon plan : maison d’accouchement. Bon. On va la délivrer, – on sait faire. Plus loin, rue Saint-Jacques, un grand bâtiment avec une coupole. Le plan indiquait : Val-de-Grâce, hôpital militaire. Je n’avais pas vraiment à le savoir, mais ce n’est pas grave. La ruelle commençait à sentir de tous côtés. Cela sentait, pour autant que l’on pût distinguer, l’iode, la graisse de pommes frites, l’angoisse. L’été, toutes les villes sentent. Puis j’ai vu une maison étrangement opaque ; elle ne se trouvait pas sur le plan, mais les lettres étaient encore visibles au-dessus de la porte : Asile de nuit. À côté de l’entrée, on avait inscrit les prix. Je les ai lus. Ce n’était pas cher.

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A fleur de triche

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« Si vous acceptez les termes, alors, vous pourrez entrer dans la vie professionnelle sans craindre d’être contaminée; vous pourrez la débarrasser de toute possessivité, de toute jalousie, de toute cupidité. Votre travail vous permettra d’avoir un esprit indépendant, une volonté propre.Et vous pourrez alors utiliser votre esprit et votre volonté pour abolir l’inhumanité, la bestialité, l’horreur, la folie et la guerre. Prenez cette guinée et servez-vous-en non pour brûler votre maison, mais pour illuminer ses fenêtres.  » Trois GuinéesThree Guineas / Virginia Woolf– Traduction Léa Gauthier/Black Jack éditions.

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Proust & sa cathédrale polychrome

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Élodie Ripoll

Si l’histoire des couleurs est longtemps restée un sujet marginal, l’étude des couleurs en littérature l’est encore. Rares sont les travaux qui s’y sont attelés, et toujours à l’échelle d’un roman ou de quelques poèmes. L’œuvre monumentale de Proust, dont les liens à l’art en général, et à la peinture en particulier ont été tant explorés, n’a été que rarement envisagée sous cet angle1.Le présent ouvrage, sobrement intitulé Proust en couleur se trouve face à un défi multiple : embrasser la Recherche dans son intégralité, la critique proustienne et la recherche sur les couleurs. Le tout en moins de 300 pages. Tâche extrêmement ardue, dont témoigne la grande prudence méthodologique annoncée dès les premières pages.

2Pourquoi analyser les couleurs chez Proust ? Tout simplement car la couleur est « l’un des moyens d’accès privilégié à l’univers stylistique de la Recherche » (p. 16), élément central de la réflexion esthétique du narrateur, tant personnelle que picturale et musicale, elle est au cœur de sa prose synesthésique. L’auteur se propose donc de « déchiffrer la cathédrale chromatique » de Proust à l’aide notamment de la philosophie de Merleau-Ponty dont l’approche phénoménologique permet de mieux comprendre les enjeux de la perception proustienne (p. 19). Par analogie avec la palette des peintres, Davide Vago parle de chromatisme chez Proust faisant ainsi de la couleur une marque caractéristique de son style envisagée dans sa globalité et non dans ses occurrences particulières.

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La Russie que tu as perdue, Amérique ! (D. Sokolov-Mitrich)

Olivier Demeulenaere - Regards sur l'économie

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« Nous avons trouvé ce texte du journaliste russe Dimitri Sokolov-Mitrich, dans Pravoslavia.ru (site russe donnant des versions anglaises de certains de ses textes), le 14 septembre 2014, puis repris sur d’autres sites, toujours en anglais, tel que Slavyangrad.org, le 24 septembre 2014. Nous avons décidé d’en réaliser une traduction et une adaptation française pour lui donner la plus grande diffusion possible, parce qu’il nous a paru complètement exemplaire d’une évolution russe assez générale, entre la chute du communisme et la crise ukrainienne. L’article de Sokolov-Mitrich montre bien que l’auteur était au départ un de ces “libéraux-occidentalistes” complètement acquis à la cause américaniste et du bloc BAO, ou disons intoxiqué par elle. (L’article mérite lui-même d’autres commentaires que cette simple présentation. Nous nous y emploierons.)

dedefensa.org

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When time has stopped

Belle découverte : la sensibilité du presque vide.

Le Journal de Jane

bartos1bartos3bartos2« Adam Bartos is a complex and reserved observer, a laid-back official from an agency that never was, The Discerning Eyes of the Arts. He shows up as witness to the moment when history is passing, when culture is fading, when time has stopped. » A.M. Homes (dans BOMB Magazine)

D’autres photographies ici.

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Theodor W. Adorno – Les marchandises musicales standardisées

L'oreille hantée

Les premières plaintes concernant le déclin du goût musical sont à peine postérieures à la double expérience qu’a faite l’humanité au seuil de son histoire, l’expérience qui lui a permis de réaliser que si la pulsion se manifeste immédiatement dans la musique, elle y trouve aussi une forme d’apaisement. Elle réveille la danse des ménades, elle sort de la flûte enchanteresse de Pan mais tout aussi bien de la lyre d’Orphée autour de laquelle se rassemblent, apaisées, les figures du désir. C’est toujours quand la paix semble troublée par les mouvements des bacchantes qu’il est question du déclin du goût. Mais si, dès la noétique grecque, la fonction disciplinante de la musique a été perçue comme un grand bien, on se presse certainement bien plus pour obéir aujourd’hui qu’à l’époque, en musique comme ailleurs. On ne peut pas vraiment dire de l’actuelle conscience musicale des masses qu’elle est dionysiaque ni…

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Ce que la fiction apporte à la photographie

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2014Septembre 2014 (volume 15, numéro 7)

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Laurence Decroocq

Ce que la fiction apporte à la photographie

Daniel Grojnowski, Photographie et Croyance, Paris : Éditions de La Différence, coll. « Les Essais », 2014, 119 p., EAN 9782729119850.

1Poursuivant son investigation du champ photographique à la suite de ces précédentes publications1, Daniel Grojnowski nous invite à une nouvelle réflexion. Son adresse au lecteur nous place, au premier abord, dans un dispositif réflexif où sa pensée devient miroir de la nôtre ; une pensée qui demande notre acquiescement. Il nous renvoie l’image d’un intellectuel, voyeur, lecteur, réfléchissant. Il nous accueille. Nous cheminerons ensemble, pour disputer des conditions qui donnent à la photographie son aura de réalité.

2L’avant-propos de cet ouvrage ouvre sur des questions essentielles : pourquoi croyons-nous à la réalité de ce que représente la photographie ? Pourquoi sommes-nous convaincus par la photographie ? Pourquoi donner foi à la représentation photographique ? Car la photographie est bien un support de représentation, une image comme d’autres : peintures, gravures… il s’agit d’une trace qui demande notre adhésion pour être crue. Alors, pourquoi cette image serait-elle plus empreinte de réalité que d’autres ? Comme toute représentation ne fonctionne-t-elle pas, comme dispositif, sur la base de notre projection ?

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